
Ce matin, je n'ai pas le moral. Je dirais même que j'ai le blues. Cela fait d'ailleurs plusieurs jours que je cafarde un peu. En fait, ça fait plutôt des années que je vais mal.
Mon refuge ? La nourriture ! Je ne fume pas, je ne bois pas, mais je mange. Je me remplie dès que je ne vais pas bien dans ma tête. Je remplie ce vide qui m'angoisse. Quel vide ? Justement, j'y ai réfléchi de nombreuses années. Celui de l'Amour ! Pas l'Amour d'un conjoint, mais l'Amour en général, dans sa globalité ! J'ai toujours beaucoup donné dans l'espoir de recevoir. Mais ce retour, je ne l'ai jamais eu, ou tout du moins ressenti, de la part de mes parents. Agriculteurs, mes parents rêvaient d'avoir un fils comme premier enfant. Mais, je suis une fille à leur grand regrêt. Ils ont essayé de faire de moi un garçon en m'élevant comme un petit gars, plutôt à la dure, sans tendresse. Mon enfance, je l'ai passée à travailler dans les champs, à la ferme avec mon père. Je trayais les vaches dès l'âge de 8 ans. Je conduisais les tracteurs dès que mes pieds ont pu toucher les pédales (Je conduisais debout ! Lol). Dans un premier temps, ne connaissant que ça, j'appréciais cette vie de plein air. Je voulais être un garçon physiquement. D'ailleurs, je touchais mon clitoris juste pour voir s'il poussait pour devenir un zizi. J'étais un vrai garçon manqué. Je ne fesais que des jeux de garçons : ballon, légos, construction de cabanes ... Je n'ai jamais joué à la poupée. Mais en grandissant, en rencontrant des camarades de classe à l'école, j'ai pris conscience de ma différence. J'étais une fille et je le resterais. Il a alors fallu que je l'accepte.
J'ai aussi découvert que les enfants de mon âge ne travaillaient pas comme je travaillais. Ils étaient beaucoup plus insouciants que moi. Ils avaient tout simplement une vie d'enfant. Dès le retour de classe, je me dépêchais de rentrer pour aller chercher les bêtes au champ et je fesais la traite avec mon père et ma grand-mère paternelle. Maman ne travaillait pas du tout à l'exploitation agricole. Après le diner, je devais faire mes devoirs scolaires, mais comme il était tard (environ 21 heures), je les fesais en cachette car mes parents voulaient que je dorme. Pour eux, l'école n'était pas important. Ils m'interdisaient de lire et pourtant, j'adorais apprendre. Si je fesais une bêtise, leur punition était de m'interdire d'aller à l'école et de m'imposer d'aller m'occuper des animaux de la ferme. Pour moi, l'école était synonyme de liberté. J'aimais aussi les animaux qui étaient mes seuls confidents. Mais, à force d'être dans l'obligation, je n'appréciais plus d'exécuter cet ordre.
Mes parents n'ont jamais eu de gestes tendres à mon égard : jamais de bisous, et le mot câlin ne devait pas faire partie de leur vocabulaire ! Alors, ce manque je le comblais avec la seule douceur que je trouvais : les aliments. C'est ainsi que j'ai commencé à manger, de plus en plus, et même en cachette. J'ai donc toujours eu un poid suppérieur à la moyenne. Je me sentais déjà mal aimée à la maison, mais cet excès de poid m'a aussi isolée de la société. Très vite, j'étais solitaire, par la force des choses, indépendante. Je m'étais forgée une carapace. Mais elle s'est finalement brisée.
Aujourd'hui, le passé reprend le dessus. Malgré tous les efforts que je fesais pour être appréciée, jamais je n'étais encouragée, ou félicitée, ou remerciée. Ce n'était jamais assez bien. Aujourd'hui encore, je suis toujours dans cette demande. C'est pourquoi dès que je n'ai plus de nouvelles de ma famille, de mes amis, je me sens oubliée et je déprime. Et pour me consoler comme je peux, je mange. j'ai pris plus de 10 kilos en 3 mois. C'est catastrophique car je me déteste comme ça. Je me sens mal dans ma tête et dans mon corps. Ca me détruit et pourtant je continue. Peut-être est-ce une façon de me punir de ne pas être assez bien ?
Cela fait plus de deux semaines que je n'ai aucune nouvelles de mon Père. Pas un coup de fil, ni un mail ! Pourtant, une fois de plus, comme toujours, je suis toujours la première à faire le premier pas. Je lui écris. C'est moi qui lui téléphone. C'est moi qui vais lui rendre visite. De lui-même, il n'appellera pas. Il refuse tout le temps les invitations à diner à la maison. Peut-être qu'il ne vient chez nous qu'une fois par an, en coup de vent ! Et les autres ? Mes soeurs par exemple ? Ce n'est guère mieux ! Et mes amis ? Je leur en demande trop. Ils ne peuvent pas compenser ce que ma famille ne m'a jamais donné et ne me donnera sans doute jamais. Je comprends qu'ils ont autre chose à faire. Mais, dès que je suis sans nouvelles, je me remets à cogiter. J'ai toujours ressenti du rejet. Et je demande tellement à être aimée...
Grâce à ce blog, je m'extériorise et ça me fait du bien de lâcher un peu mes émotions. Je me sens moins lourde dans mon âme et dans mon coeur meurtri. C'est sans doute la raison pour laquelle je suis généreuse quand il s'agit de donner du temps aux autres. Je ne veux pas laisser dans le désespoir, ni dans la solitude, des personnes qui vont mal. Je donne avec toujours cet espoir de retour. Cela s'appelle la solidarité. En tous cas, c'est la définition que j'en donne. A bon entendeur, salut !
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