
2000 ! Quelle année ! Celle de ma première grossesse que j'ai adorée vivre ! Celle aussi de ma Maladie de Crohn !
Au cours de ma grossesse, je suivais des cours de préparation à l'accouchement auprès d'une sage-femme avec d'autres futures jeunes mamans. C'est l'occasion d'écouter son corps et d'essayer de comprendre son mécanisme. Il est permis de poser toutes les questions qui traversent l'esprit des jeunes femmes qui deviennent mères en quelques mois. Arrive la question des contractions ! Moi, j'avais de la chance, je n'en ai pas ressenties. Mais, pourtant, il m'arrivait régulièrement d'avoir très mal au ventre. Comme c'était ma première grossesse, je supposais que c'était un des petits bobos habituels dans ce cas. Un jour, j'en ai parlé à l'occasion d'une de ces fameuses séances car je me sentais vraiment trop mal. J'avais alors très envie de m'allonger et beaucoup de mal à me déplacer. La sage-femme me suggéra de lui faire signe dès que je ressentirais cette douleur. Ce que je fis ! Aussitôt, elle s'est mise à me toucher mon ventre pour voir s'il s'agissait bien de contractions. Elle n'avait encore jamais rencontré mon cas. Eh oui ! Je suis un cas ! Lol. Ca y ressemblait, oui, mais ce n'était pas vraiment tout à fait comme les contractions qu'elle avait pour habitude de sentir. Elle ne l'expliquait pas. Heureusement, mes mois de grossesse se sont plutôt bien passés ! Régulièrement, je me sentais très mal mais je pensais que c'était du à ma nouvelle situation physique.
A l'approche de la date de l'accouchement, j'ai longuement discuté avec le médecin accoucheur et me suis enfin livrée sur le fait que j'étais incontinente (ce que je pensais à ce moment là). Nous avons donc décidé d'un commun accord de faire une césarienne programmée pour éviter toute déchirrure supplémentaire de mon anus. Il était impossible de certifier qu'il ne serait pas touché. Ca m'a beaucoup rassurée même si ce fut une décision difficile à prendre quand-même. Je n'enfanterais pas "naturellement". D'ailleurs, le regard des gens extérieurs sur les accouchements par césarienne est très critique. C'est un autre sujet de souffrance (une de plus !).
En septembre 2000, mon premier fils est né en pleine forme. Quant à moi, j'avais besoin d'un peu de temps pour me remettre de cette intervention, néanmoins douloureuse dans les jours qui suivent. Rentrée à la maison, j'avais toujours des problèmes de santé. Je me sentais mal et je n'arrivais pas à expliquer pourquoi, ni exactement ce que je ressentais. Pour mon mari, ma famille, mes voisins et mes amis, je n'étais en fait qu'en train de faire un baby-blues, ces fameuses dépressions après grossesse. Certains osaient me dire que je n'assumais pas du tout le fait d'être Maman. Moi, je savais que le problème n'était pas là. Mais je ne savais pas pour autant dire et expliquer ce qu'il m'arrivait. Et c'est vrai que je me sentais tellement mal que je ne pouvais, effectivement, plus m'occuper de mon bébé. J'avais déjà tellement de mal à m'occuper de moi. Dans les pires moments, je ne pouvais même plus me lever car je n'en avais pas la force physique. J'avais trop mal au ventre. Le temps passant, je me suis mise à vomir de plus en plus souvent, à aller aux WC jusqu'à 30 fois par jour. Ma température montait jusqu'à 41. Je grelotais tellement que je ne pouvais même plus parler. Les médecins ont défilé à la maison? Chacun avait son opinion. D'abord, c'était une bonne gastro-entérite. Ensuite, une allergie aux médicaments. Puis une grippe ! Enfin, c'était psycho-somatique ! Au final, pour eux, j'étais devenue malade physiquement car j'étais avant tout malade psychologiquement. Les médecins de nuit ne voulaient même plus venir me consulter tellement ils en avaient marre d'être dérangés par mes appels au secours. Les pompiers ne voulaient pas non plus se déplacer. C'est auprès de mes voisins que j'ai demandé de l'aide, soit en venant à la maison s'occuper du bébé, soit en me recevant chez eux dans un étât lamentable.
Un jour, mon médecin traitant est passé et m'a trouvée dans un triste étât. J'avais "dégueulé" près de la moitié d'un seau. Je n'en pouvais plus. Il ne voyait pas ce qu'il pouvait faire de plus. Je lui ai alors supplié de me faire une de ces piqûres magiques. Mais il n'en avait pas. Je l'ai tenu par la main en l'empêchant de partir et de me laisser comme ça. Il m'a alors dit ce que j'espérais au fond secrètement : vous voulez être hospitalisée ? OUI ! Je n'en pouvais vraiment plus de ces mois de galère. Je devais me résoudre à abandonner mon fils aux soins de ma voisine pour qu'on me prenne enfin en charge. Partie en ambulance, je croyais pouvoir faire confiance à la médecine. Erreur !
Aux urgences de l'hôpital, on ne m'a pas regardée tout de suite. Dans le couloir, je vomissais sans cesse de la bile. Puis, j'ai fait sur moi car les médecins n'avaient pas vu l'urgence de mon étât. Enervés, ils m'ont très vite et mal nettoyée. Après tout, je n'étais plus qu'une merde. Je n'étais plus rien et même moins que rien. La mort aurait été plus douce à ce moment là. Je leur ai demandé, d'ailleurs, de me mettre dans le coma, jusqu'à ce qu'ils me guérissent. Ils ne m'ont pas prise au sérieux, une fois de plus. Je devais souffrir en silence.
Ils ont fait des examens et, pour eux, j'avais plutôt mal à l'endroit qui leur arrangeait que j'ai mal. Ce n'était pas une appendicite, mais comme j'avais des calculs à la vésicule biliaire selon l'échographie, je devais en avoir eu un qui avait absolument voulu passer.
Quand à la radio, elle montrait selon eux que mon retour de couche était pout bientôt. En fait, tout était faux. Mais, j'en avais tellement marre de souffrir que j'étais prête à tout accepter du moment qu'on arrêtait mes maux. L'opération pour extraire ma vésicule était programmée. Il fallait attendre selon eux que la crise se calme. Alors, après plusieurs jours d'hospitalisation, je suis rentrée de nouveau à la maison. Mais c'était de court répis. Quelques jours plus tard, je me rendais encore aux urgences. Ils me gardèrent et me relachèrent sans avoir rien fait de plus, après plusieurs heures de "surveillance". J'étais la "chiante" du coin qui se plaignait pour un rien. Après plusieurs allers-retours sans aucun changement, mon mari en a eu franchement ras le bol qu'on me laisse ainsi, sans rien faire, ni même me rendre visite dans la chambre. Ma souffrance était telle que je ne pouvais même plus ouvrir les yeux, ou parler. Je voulais mourir. Les médecins ont d'ailleurs pensé à m'interner. Moi-même, j'avais fini par croire que j'étais devenue folle.
Mon mari a téléphoné à la clinique pour savoir si elle acceptait de me prendre en charge d'urgence. J'ai donc du signer une décharge pour quitter ce "mouroir". Je n'ai pas eu à le regrêter. Dès mon arrivée, le médecin a vu que j'étais en train de faire une péritonite tellement mon occlusion intestinale était importante. Dès le lendemain matin, je partais faire un scanner où on décela aussitôt la région de mon mal, et sa cause : la Maladie de Crohn. Il a fallu tout de même espérer qu'il pouvait s'agir de maladies plus bénignes. Mais non ! Après quelques jours d'hospitalisation sous cortisone, le verdict tombe. Enfin, on reconnaissait que je n'avais pas fait de cinéma. J'étais enfin écoutée et comprise. On allait enfin me traiter au mieux. Mais quel parcours du combattant ! Je ne comprends pas que cela arrive encore de nos jours.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire