10 mai 2006

"Félicitations pour votre acquisition !"


C'est la phrase que mon cher et tendre patron m'a dite en guise de bienvenue, par téléphone, ce soir. C'était particulièrement inatendue et surprenant. Mais c'était aussi et surtout très drôle quand on sait le rapport que j'ai avec lui. J'ai toujours du mal à me remettre de ce coup de fil. Le côté très positif, c'est qu'il m'a redonné le sourire aux lèvres, un sourire de fierté, de réussite.
Depuis ma majorité, j'ai du subvenir à mes besoins en travaillant, malgré le suivi de mes études universitaires. Je suis l'aînée d'un famille de trois enfants dont la Maman est morte à l'âge de 39 ans d'un cancer du sein qui s'est généralisé en 5 ans. J'avais à peine 19 ans quand ma mère a quitté ce monde de souffrance. Mon père s'est aussitôt installé avec une femme mariée, mère de deux enfants. Tous ces bouleversements en si peu de temps ont été très pénibles mais il a bien fallu surmonter les épreuves et y faire face. J'ai donc décidé de travailler pour soulager mon père de mon poids financier. Comme il était complètement perdu par les événements, il ne remplissait plus du tout un rôle de père, ni même un rôle d'homme. Il était devenu un vrai gamin, inconscient, incapable de réagir convenablement.
J'ai donc pris totalement à ma charge ma soeur Magali comme si elle était ma propre fille. Elle était alors âgée de 16 ans. Mon père a refusé que je m'occupe de ma petite soeur Marylène qui n'avait que 12 ans. Donc, dans un premier temps, j'ai fait des petits boulots saisonniers tels ELS (Employée Libre Service), vendeuse en porte à porte (de sous-vêtements puis de brioches), vendangeuse en Champagne. Puis, j'ai décroché un emploi de chauffeur VL de nuit en CDD à temps plein, transformé en CDI, dans la presse. Comme cela ne suffisait pas financièrement pour subvenir à mes besoins économiques (et ceux de ma soeur), j'ai aussi postulé au Rectorat de l'Académie et je suis devenue Surveillante d'Externat dans les collèges à mi-temps. Tout ça en poursuivant mes études de Sociologie à la Faculté !
Evidemment, je n'ai pas pu physiquement garder toutes ces activités éternellement. Au bout de deux ans, j'ai commencé à faire une dépression bien noire. Heureusement, c'est à ce moment là que j'ai rencontré mon futur mari ! Lui aussi avait des soucis avec sa femme avec qui il avait une fille : Laura !
Malheureusement, il y a eu le licenciement pour raison économique de mon poste de chauffeur car la société était en redressement judiciaire. J'ai mis mon patron aux Prud'hommes car il voulait m'arnaquer de plusieurs mois de salaire en disant que j'avais démissionné de mon travail. Ce fut mon premier vrai choc et ma première grosse déception des employeurs.
J'ai alors trouvé d'autres postes en tant que chauffeur (taxi-bus, ambulances ...) puis un patron m'a appelée pour me proposer une mission dans sa société d'ambulances : démarrer une activité de livraison de vins réputés. Il n'y connaissait rien et connaissait ma réputation de travailleuse. J'étais ravie d'avoir un poste à responsabilités où je devais tout gérer : stock, réception des cartons, classement de la tournée sur plusieurs départements, prise de rendez-vous téléphoniques, chargement de la camionnette et livraisons à domicile dans toute la région, retour des refus, etc... Je m'y suis beaucoup investie en travaillant 15 heures par jour ( de 07 heures 30 à 22 heures 30). J'étais ma propre chef. Mais à l'heure de la paie mensuelle, la somme écrite sur le chèque fut très décevant : le SMIC. Mon patron me promit de faire mieux le mois suivant, que ce mois-ci, il ne fesait que démarrer cette activité et qu'il devait attendre que l'argent rentre ... ! Mais le mois suivant fut tout aussi démotivant. J'ai donc haussé le ton mais il ne voulait rien savoir en prétextant qu'il ne savait pas si je ne passais pas plusieurs heures par jour dans des bars pour faire croire que je travaillais. Là, l'ambiance s'est fortement dégradée. J'ai craqué et suis tombée malade. Il a alors essayé de faire croire que ma période d'essai était rompue, or cette période était finie et j'étais alors embauchée en Contrat à Durée Indéterminée. Nouvelle visite au Tribunal des Prud'hommes !
Je me suis donc lancée dans la formation de monitrice auto-école en trouvant un Contrat de Qualification. Depuis 1999, je travaille pour mon employeur actuel. Mais son entreprise a beaucoup grandi et le patron a pris la grosse tête. Il n'était plus du tout paternaliste et n'hésitait pas à rabaisser ses collègues de travail, ses moniteurs et les élèves-conducteurs. Il n'a jamais compris ma maladie qui est apparue pendant mon activité chez lui. Il me mettait trop la pression au point que je ne pouvais même plus faire face à lui. Il était très exigeant sur les horaires de travail (la quantité et les périodes) sans contre-partie. Pas d'augmentation, pas de congés pendants les vacances scolaires, pas de possibilité de se libérer un après-midi, salaire payé le 15 du mois suivant, voire le 20, ... !
Aujourd'hui, je suis ravie d'avoir pu faire ma formation pour obtenir mon attestation de Capacité de Gestion d'un établissement de la conduite automobile et de la sécurité routière, pendant mon congé parental. L'heure de la reprise du travail va bientôt sonner et je ne veux plus être "l'esclave" d'employeurs peu scrupuleux qui m'exploitent parce qu'ils savent que je suis très professionnelle. Vive la "liberté" ! Bien-sûr je ne serai pas totalement indépendante car j'aurai toujours des comptes à rendre aux impôts par exemple, mais, au moins, je saurai pour qui et pour quoi je me donne, avec une pression différente mais positive !
Je suis donc heureuse d'avoir eu ce fameux coup de fil ! Mon patron a eu écho de ma reprise et semblait sincère en me félicitant pour avoir osé prendre le taureau par les cornes, pour mon courage ... C'est un juste retour. Enfin, nous pourrons parler d'égal à égal, sans main mise. Quel plaisir ! Haaaaa !!!