
Mais qu'est ce que c'est que ce nom barbare ?
Fin 2000, après des mois de galère et de souffrance inexpliquée, on m'annonce que je suis atteinte de la Maladie de Crohn. C'est une inflammation chronique de l'intestin grêle. Je n'en avais jamais entendu parler et pourtant je subissais cette maladie rare depuis plusieurs années, sans même le savoir.
A 22 ans, je m'inquiète. Moi qui était alors surveillante d'externat dans un collège, je ne pouvais plus m'asseoir à mon bureau. J'avais mal au cul. Pardon pour cette franchise ! En fait, j'avais une grosse boule qui poussait à cet endroit précis et qui me fesait de plus en plus mal au point de m'empêcher de marcher correctement (sans m'écarter les fesses). Après plusieurs jours de galère, je me suis décidée à voir un médecin généraliste qui m'envoie de toute urgence chez un de ses confrères spécialistes. L'annonce de cette rencontre m'angoisse car je n'ai jamais eu à ce jour à me montrer sous cette angle. Lol.
L'après-midi même, je me retrouve dans une salle d'attente, très stressée. J'avais raison de l'être. A peine rentrée dans le cabinet, le spécialiste me demande de me déshabiller et de me mettre à quatre pattes sur la table d'auscultation. Imaginez la gêne face à cet homme sans aucune compassion ! Et sans m'expliquer quoi que ce soit, il me rentre ses gros doigts d'homme, sans ménagement. J'ai hurlé de douleur. J'ai subi cet examen comme un viol. Il m'a alors ordonné de me détendre (je voudrais bien l'y voir, lui, à ma place !). Il en déduit et confirme qu'il s'agit là d'un très bel abcès anal qu'il faut ôter sans attendre. Dans la minute qui suit, il me prend une chambre dans une clinique, en vue d'une opération. Que d'émotion en si peu de temps ! Je pleure ! (de douleur physique et psychologique) Que m'arrive t-il ?
En effet, je n'avais alors jamais été hospitalisée et j'avais toujours espéré que la première fois aurait lieu pour la naissance de mon premier enfant. Râté ! C'est un choc pour moi qui ne connait rien à ce milieu. J'ai tout juste le temps de rentrer à mon appartement pour faire ma valise, expliquer à mon conjoint mon départ soudain et me rendre à cette clinique.
Le lendemain, je me réveille après l'opération. On m'a extrait cet abcès. J'ai un superbe pansement aux fesses. Les infirmières passent et me disent que je peux prendre une douche si je le souhaite. Bonne idée mais étrange idée quand on a des mèches dans le derrière ! Elles me disent de défaire mon pansement et de les appeler dès que j'aurai fini de me laver.
La douche ? Une horreur ! Dans le bac de douche, je commence à retirer ces rubans blancs qui au fur et à mesure sont maculés de sang. J'ai l'impression d'être une magicienne qui sort de son chapeau des kilomètres de foulards. Ca n'arrête pas. Je n'en vois pas la fin et je commence à me dire que je suis en train de faire une sacrée connerie. J'appelle une infirmière qui me dit qu'il n'y a pas à s'inquiéter, que c'est normal. Facile à dire !
Entre mes jambes dégoulinantes de sang, se forme un tas de plus en plus imposant de ruban sans fin. Je me vide. Je finis tant bien que mal par me laver, mais l'eau de la douche me fait couler mon sang le long de mes jambes qui restent salies partout ce rouge. Je sors et m'essuie. La serviette de toilette a changé de couleur. Je fais attention de ne pas en étaler partout. J'appelle alors une infirmière. J'espérais alors qu'elle me ferait un pansement tout neuf. Que néni ! Elle me désigne les outils posés sur une table et, en gros, me dit de me débrouiller. Je ne savais même pas à quoi ressemblait mon derrière. En fait, il y avait un trou de la valeur d'un oeuf. Tant bien que mal, je me suis posée ce pansement. Pas facile, vu l'emplacement !
Je passe des épisodes car, en résumé, on m'a complétement laissée me démerder. Aucune compassion, aucun intérêt ! Je les ennuyais. Je suis sortie sans signer de papiers car il n'y avait déjà plus personne à l'accueil. Le lendemain, quand ils se sont rendu compte de mon absence, ils m'ont appelée pour régulariser ma situation. Impossible ! Je ne pouvais plus m'asseoir. Aïe ! Seulement avec l'aide d'une bouée ! Une infirmière venait chaque jour me refaire mon pansement à domicile pendant plusieurs semaines. Ce n'était pas très agréable mais, au moins, elle prenait soin de moi.
Cette mésaventure est en fait le premier symptôme de la Maladie de Crohn qui sera reconnue seulement 4 ans plus tard. Le chirurgien n'a, à l'époque, pas vu l'intérêt de faire analyser mon abcès pour en connaitre l'origine. Cela aurait pu m'éviter bien des soucis par la suite pourtant. Merci les savants médecins de vos compétences ! Peut-être que vous avez tout votre savoir-faire dans les mains, mais rien dans l'âme, pas de savoir-être ! Aucune psychologie !
C'est à la suite de tout ça que j'ai eu droit à une méga dépression ...
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